Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 21:58

Le onzième Arcane majeur est réputé pour avoir une histoire déjà lourde, en particulier parce qu’on compte déjà trois Princes à sa tête et de nombreuses modifications d’usage dans sa hiérarchie et sa liturgie. La Lame arcanique de la Force fut pourtant l’une des dernières à être offerte à un Prince et sa dernière réforme est relativement récente.

 

Le rugissement du Lion

Alors qu’Orichalka commençait à éclairer le ciel, annonçant sa chute proche, certains Kaïm prévoyants avaient déjà pris le chemin de contrées éloignées de son point de chute, Atlantys. A bord de nefs tirées par des créatures uni-élémentaires, sortes d’effets-Dragons ancestraux, ils s’écartaient de la cité des Kaïm qui avait encourue la colère de l’Iz. Atlantys fut broyée sous l’impact et les flots déferlèrent sur le monde. La majeure partie des nefs fut submergée, celles qui avaient accosté trop tôt furent englouties sous les vagues ou avalées par l’Hadès. Mais quelques Kaïm purent trouver encore un peu de temps pour trouver des solutions aux maux qui se répandaient sur Ka-ïa. Plusieurs d’entre eux entamèrent de longs voyages vers les pôles, dans le but de rétablir l’axis mundi par rapport aux ruines d’Atlantys, espérant trouver ainsi la solution d’un retour au Temps Sacré. Ce furent ces voyages qui donnèrent naissance au Sanctuaire boréal et à la Venise des Glaces, mais ces expériences parurent bien vaines. Comprenant qu’ils étaient trop peu nombreux pour exploiter les bribes de sapience récoltées, les Kaïm affaiblis revinrent vers leurs frères et succombèrent aux maux venus avec Orichalka. Et pire que cela, ils furent accueillis avec méfiance par les autres Nephilim, qui ne supportèrent pas leur absence dans les Guerres Prométhéennes. Ils furent emportés dans le flot des Guerres Elémentaires et des conflits avec les Mystes, intervenant pour combattre les inepties et les aberrations qui naissaient au cours de ces combats, mais sans jamais cautionner ces luttes internes. Injustement traités de mercenaires, ces survivants venus des pôles décidèrent pour beaucoup de s’exiler et de poursuivre seuls ou en petits groupes leurs recherches sur les altérations des Champs magiques. Il n’existât bien vite plus aucune unité entre ces Nephilim, mais certains se réunirent dans des foyers actifs, notamment sous la protection des Compacts. Sous le nom de Chasseurs, ils firent partie des troupes Nephilim des Compacts d’Aïon et d’Erin la Verte, et plus discrètement de celui d’Egypte. Dans ce dernier, ils furent très vite engoncés dans un conflit larvé avec Tubalcaan et dans des luttes de pouvoir autour d’Akhénaton. En Aïon, à l’image de Métis, les Chasseurs furent vite placés sous la coupe de l’Arcane du Pape et du Roi de l’Orage. Enfin, en Erin, les Chasseurs s’usèrent dans les deux batailles de Mag Tuireadh, contre les Daïmon ou les Selenim.

 

Le premier Prince : Lug le Polytechnicien

Lorsque Akhénaton revint du désert, il offrit à ses frères les Lames Majeures et autant de voies vers l’Agartha. Nul ne sait pour quelle raison il renonça à nommer Prince du onzième Arcane majeur un Nephilim méditerranéen, mais il préféra laisser la Lame du contrôle extérieur à une caravane de Roms qui eut pour tâche d’aller trouver le futur Prince de l’Arcane de la Force. Les Bohémiens ont toujours refusé de dire si le nom de Lug leur fut donné ou si ce fut la caravane elle-même qui jugea Lug apte à la recevoir, mais il est sûr qu’il leur indiqua que le nouveau Prince se trouvait en Erin.

La Lame quitta vraisemblablement les terres d’Egypte vers 1350 avant l’Incident Jésus et erra autour de la Mer Intérieure pendant près d’un siècle et n’arriva en Erin que vers -1347, date à laquelle commença le règne de Lug Lormansclech, que l’on connaît aussi sous le nom de Lug Lamfada ou Lug aux longs bras. Il reçut la Lame avec déférence et fierté, et prit aussitôt, non pas le titre de Prince, mais de Samildanach, le Polytechnicien. Il se présenta ainsi à Tara, le Domaine des Tuatha De Danann, et prouva sa valeur à Nuada et aux Chasseurs, qui l’acceptèrent pour supérieur. Mais ce n’est pas par vanité que Lug renversât Nuada Airgetlam, qui s’était toujours posé en chef des Chasseurs d’Erin en s’alliant le puissant Credne Cerd, le compétent Ogmios ou le perspicace Goibniu ; il prit le trône pour défendre ses frères avec les meilleures armes, sachant Nuada fatigué des guerres continuelles contre les Fir Bolg et les Fomoires. D’ailleurs, la seconde et dernière bataille de Mag Tuireadh, la Cath Dédenach Maige Tuired, éclata peu de temps après, et Lug fut en première ligne. Il y défia un ancien ami Nephilim ayant succombé à la Lune noire, Balor, et ne triompha de ce puissant adversaire qu’en déchaînant le pouvoir de la Lame.

La dernière bataille des Tuatha De Danann fut une victoire des Nephilim, mais une victoire fortement coûteuse, non seulement en vies, mais également pour les pentacles, qui furent souillés de tant de massacres. Lug lui-même n’était plus le même. Il disparut sans un mot du champ de bataille après la victoire et partit au loin, sans escorte, emportant avec lui la Lame du onzième Arcane. On rechercha partout Lug et sa Lame arcanique, mais il avait disparu. Absent du Sidh, de Tara ou d’Erin, l’Eolim qui avait été le Prince de l’Arcane victorieux venait de tout bonnement disparaître. Plus tard, quelques Roms restés en Erin assurèrent aux Chasseurs que Lug était parti seul avec lui-même, laissant le legs d’Akhénaton à qui le trouverait. A peine né, l’Arcane se retrouvait sans chef en 1407 avant l’Incident Jésus, livré à l’oubli.

 

Le pouvoir vacant : la régence d’Héphaïstos

Avec la disparition de Lug et de la Lame, l’Arcane de la Force, que Lug n’avait pas eu le temps de constituer davantage, s’effondra en Erin. La nouvelle se répandit chez les Chasseurs, alors que le Compact d’Egypte s’effondrait peu à peu sous la pression de Tubalcaan, puis des Philistins. Puis, ce fut au Compact d’Aïon de se fragmenter et de céder. Pourtant, face à cette profonde crise, un des Chasseurs se redressa et affirma qu’il était du devoir des Chasseurs de continuer à œuvrer pour leurs frères, avec ou sans la légitimité d’une Lame. Après tout, certaines Lames étaient déjà égarées ou hors de possession de leur légitime propriétaire. Ce nouveau phare pour les Chasseurs se nommait Héphaïstos et, bien que placé sous l’aile protectrice de l’Arcane du Pape, il incarnait l’indépendance des Chasseurs, avec des alliés aussi illustres qu’Artémis, Apollon ou Chiron. Ainsi fonda-t-il les premiers camps de Chasseurs, les Discrètes Forteresses, dans lesquelles il imposa la pratique de la forge et la chasse aux effets-Dragons, particulièrement actifs en cette région qui avait connu le réveil de Béhémoth. Avec ses He-Fay-Stos, « Ceux qui piègent les fées », il s’imposa comme un soutien essentiel auprès des Nephilim les plus humbles, fournissant un soutien armé et matériel incontournable. Son paroxysme arriva lors de la Guerre de Troie, autant du fait de la forge des armes d’Achille que des démonstrations de puissance des Chasseurs. Vers -1190, Héphaïstos avait imposé sa présence et s’était intelligemment placé dans le camp des vainqueurs de la Guerre de Troie, bien que cela eût valu la mort du Compact d’Aïon. Malgré la disparition de Chiron, « libéré » du khaïba par Héraklès, et la trahison d’Apollon, passé au service de l’Arcane du Pape en jouant double jeu durant toute la guerre, Héphaïstos gardait la tête droite. Il fut secondé par plusieurs Chasseurs ayant quitté l’Egypte, et le talent des Chasseurs commença à se faire connaître. La communauté demeurait néanmoins fermée et les enseignements des savoirs des He-Fay-Stos ou des Dracomaques restaient secrets. L’Arcane de la Force subsista en Grèce, alors que quelques survivances reprenaient lentement dans le Sanctuaire du Couchant.

 

Le Prince illégitime : Merlin le Grand Dompteur

En Armorique, la chute du vieux Compact des Tuatha De Danann n’avait pas pour autant annoncé la fin complète des négociations, bien au contraire. Les forces anciennes étaient mortes, les vénérables enfants de Dana n’avaient plus de légitimité. Mais il se distingua peu à peu de nouveaux chefs qui surent motiver les Chasseurs pour s’impliquer dans les ententes du monde. Peu à peu, les Chasseurs s’allièrent à l’Arcane du Bateleur et au Culte du Dragon pour former le Compact d’Avalon. Parmi eux, on vit venir quelques imposants personnages, comme un certain Mori-Dunon ou Merlin, un Satyre exalté qui pensait bien faire un jour renaître l’Arcane moribond. Parallèlement, la Grèce perdait peu à peu de sa puissance, et la fin fut annoncée au départ, vers 600 avant l’Incident Jésus, des personnalités dirigeantes de l’Arcane du Pape pour l’Etrurie. L’ère de la régence d’Héphaïstos touchait à sa fin, mais cela n’annonça pas pour autant la paix et la puissance dans le Sanctuaire du Couchant. Au contraire, les armées romaines s’étendirent et piétinèrent lentement mais sûrement les frontières du Compact. Peu à peu, les Chasseurs durent quitter la Gaule et se réfugier dans les îles.

C’est en Erin que Merlin, parti pour aider à la renaissance des forces ancestrales de la Verte île durant le cycle de la Branche Rouge, redécouvrit la Lame arcanique de la Force, plantée dans une pierre qui devint connue sous le nom de Pierre de Fal.

Mais, aux dires de Merlin, il n’en était pas digne et la Lame elle-même le lui fit bien comprendre. Lorsque ses yeux se posèrent sur les inscriptions qui y demeuraient, son pentacle fut noyé sous un déluge de sapience tel qu’il faillit être dissipé aussitôt. Mais Merlin avait toujours montré une volonté hors du commun, et, malgré un mois lunaire de souffrance, il survécut à l’épreuve. S’il n’était pas digne de la porter, il venait de le devenir par la force des choses. Mais il était trop tard pour sauver le Sanctuaire du Couchant. Pourtant, Merlin appela à lui les Chasseurs, et ils répondirent nombreux à l’appel, car la redécouverte de la Lame les sortait enfin du marasme de l’anarchie : ils avaient enfin un Prince et, même s’il se disait lui-même indigne, il était la seule personne pouvant légitimement prétendre à les diriger. Héphaïstos lui-même vint prêter allégeance à Merlin et reconnut officiellement le pouvoir de Merlin.

Contrairement à son prédécesseur, Merlin ne négligea pas ses devoirs de constructeur d’un Arcane majeur et sa première décision fut d’organiser la structure de l’Arcane, de fixer les règles de l’adoption et de graver les stellaires qui consacraient l’arcane comme un enjeu majeur du monde occulte. Les Chasseurs se présentèrent en nombre et passèrent les épreuves imposées par le nouveau Prince, qui prit le titre de Grand Dompteur. Il décréta la naissance de cinq Compagnies élémentaires, destinées à endiguer le flot d’effets-Dragons lancé par les Pictes du Culte du Dragon depuis l’invasion romaine. Chaque Compagnie fut placée sous l’autorité d’un Dompteur, généralement un Chasseur particulièrement influent, même si Héphaïstos renonça à un tel titre, sans pour autant s’écarter des postes de pouvoir.

Merlin multiplia les réformes et acheva la création des Compagnies, qui passèrent au nombre de huit et prirent le nom de Compagnies minérales, et s’élancèrent sur la voie de la découverte du monde kabbalistique de Zakaï. Parallèlement, il mena une politique de conciliation et lança l’épopée d’Arthur qui devait mener à un nouveau miracle pour Alba, l’Angleterre abandonnée par Rome.

 

Le Prince inconnu : Ganesha le Grand Adamantin

Mais, bien que les efforts de Merlin portent leurs fruits, quelque chose pesait profondément dans le cœur du Grand Dompteur, qui avait toujours su voir au-delà des écheveaux du temps. A l’instant même où Arthur monta sur le trône, Merlin comprit qu’il ne resterait pas bien longtemps Prince de l’Arcane de la Force. Et effectivement arriva bientôt un nouvel espoir fédérateur chez les Chasseurs qui contestaient la politique de Merlin, ses expériences sur un gouvernement humain et sa tolérance envers les zoomorphes. De plus, Lancelot, le Bel Inconnu, savait charmer. Merlin le prit sous son aile en sachant bien qu’il le pousserait tôt ou tard à renoncer au titre de Prince, mais s’estimant toujours illégitime, il accepta ce sort. Ganesha parvint à plaire à chacun, promettant notamment de grands changements dans l’Arcane qui perdait du terrain hors d’Alba et d’Erin, et Merlin comprit qu’il était temps pour lui de laisser la place. Il disparut sous le début de règne de Gwenever, offrant au Pyrim Ganesha la Lame arcanique au pied de la Pierre de Fal.

Ganesha n’essaya même pas de sauver ce qui restait de l’épopée arthurienne et préféra se consacrer au dédoublement de l’Arcane. Refusant de partager le pouvoir, il développa les Constellations, de nouvelles branches « thématiques » dans l’Arcane, qui lui permettraient de placer aux postes importants des alliés plus sûrs que les Enchanteurs à la tête des Compagnies fondées par Merlin. De plus, il fit en sorte de favoriser l’alchimie, reniant l’idéal de Zakaï. Il prit le titre de Grand Adamantin et organisa un nouvel Arcane, qui subsiste, depuis le 5ème siècle après l’Incident Jésus, sous la même forme. Mais déjà, on entend parler du retour de Merlin, le Grand Veneur Draconique, revenu de son exil au coeur même du monde de Zakaï. 
Par Jiddim - Publié dans : Arcane majeur (XI)
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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 21:33
Cet article commence une série d'études sur l'Arcane IX, puis sur les arcanes majeurs en général.

Il y a plusieurs lectures de la Lame arcanique, dont certaines furent révélées et d’autres ne furent avouées qu’à peine, à travers des termes choisis. L’existence même du onzième Arcane majeur vient de la Quête magique explorée par Akhénaton, puis la Lame qu’il en retira passa entre les mains d’une caravane de Rôms, puis entre celle de trois Princes successifs. Chacun eut sa vision de la puissance de la Quête du contrôle extérieur et de l’Agartha qu’elle offrait, parfois sans en être digne.

Akhénaton baptisa lui-même la onzième voie comme la Quête du contrôle extérieur, c’est-à-dire de la maîtrise de ce qui était différent du Nephilim. En restaurant la stabilité extérieure, l’Adopté de la Force devait retrouver le chemin du Temps Sacré, ressusciter les conditions pour un retour aux origines. Le rôle de l’Arcane de la Force serait de faire en sorte que le monde reprenne l’apparence d’antan.

 

Après sa disparition, il légua la Lame à une caravane de Rôm, qui prit la direction des contrées vertes où s’imposait le futur Prince de l’Arcane, Lug Lamfada. Sans comprendre la Lame et sans oser poser les yeux sur ses inscriptions, il n’y eut pas pour autant de travaux sur sa signification. Les Bohémiens avaient suivi en nombre les quêtes d’Akhénaton, et les voies du  Tarosh naissant donnèrent leur propre lecture du onzième Arcane. Le Tarosh des Bohémiens associe à cette Quête leur propre onzième lame d’arcane, le Georges Vert.

Le Georges Vert, anciennement le Jergis Vert jusqu’au 5ème siècle après l’Incident Jésus, représente un garçon vêtu de branches et de feuilles de saule chevauchant un cheval blanc et brandissant une épée de fer et un bouclier en bronze pour venir pourfendre un dragon.

Du point de vue de la symbolique bohémienne, le saule est un symbole de sagesse et sert à protéger de la foudre, du mal et des démons. L’épée de fer est, comme en Erin, un symbole de protection contre les esprits malins, alors que le bouclier est vu comme une source de lumière et de chaleur. Pourfendant le dragon, le Georges Vert devient l’esprit et le physique alliés pour terrasser l’animalité difforme. Lorsque, durant le Conclave arthurien, Palomides fut interrogé sur la signification bohémienne du onzième Arcane majeur, il expliqua que le saule dont était fait le bâton du Prince Merlin s’était confronté, à l’égal de Georges, aux démons d’orichalque, aux mauvais de la Lune noire et aux infamies nées de la foudre, pour terrasser le grand Dragon. Bon nombre d’auditeurs interprétèrent bien mal les termes choisis par Palomides, car ils crurent qu’il évoquait le Culte du Dragon, mais il est à peu près certain qu’il parlait de la Chute. Les matriarches bohémiennes interprètent de façon bipolaire l’Arcane du Tarosh, alliant force et esprit pour oser et lutter lorsqu’il est positif, cumulant arrogance et abus de pouvoir en son sens négatif. 

 

Rares sont ceux qui perçurent la pensée de Lug, le premier Prince de l’Arcane de la Force, car il ne resta pas longtemps en poste. Néanmoins, il est indéniable qu’il réfléchit longuement au sens profond de la Lame, car il la renia dès qu’il s’en sentit indigne, après la seconde Bataille de Mag Tuireadh. Bien qu’il n’en dit rien, il apparaît clair que l’utilisation du pouvoir de la Lame arcanique pour tuer définitivement Balor, le roi Selenim des Fomoires, révéla en lui certaines choses qui lui déplurent. Il renia la Lame et l’abandonna, comprenant sûrement que la Quête du contrôle extérieur permettait aussi de prendre conscience de ses démons intérieurs. En tuant le Dragon, Georges le Vert venait de prendre sa place. Il fallut bien des siècles pour que les archivistes de l’Arcane comprennent quelques chemins de la pensée de Lug Lamfada qui l’obligèrent à renier son titre et le legs d’Akhénaton.

 

Les premières Lames du Tarot destinées aux initiés naturels étaient destinées à être comprises davantage par le foyer méditerranéen de la Force. En effet, lorsque les Dompteurs grecs vinrent en Erin suite à l’affaiblissement du Compact de l’Aïon, ils apportèrent avec eux une symbolique particulière, représentant un Hercule frappant de sa massue le serpent du mensonge et de la haine. L’histoire invisible a révélé que l’Etoile Héraklès luttait contre ses propres démons intérieurs en triomphant des aberrations que sa prétendue belle-mère Héra lui envoyait perpétuellement.

D’autres Lames apportées au cours des siècles entourant la venue de l’Incident Jésus apportèrent d’autres illustrations, comme Samson brisant les colonnes du temple des Philistins, David terrassant le lion ayant dévoré les brebis de son père ou la nymphe Cyrène combattant à mains nues un lion de Thessalie. Les deux dernières sont dans la droite lignée du pourfendeur de monstres tel que représenté par le Georges le Vert du Tarosh, mais la première Lame semble déjà faire appel à la symbolique de la Sagesse terrassant l’adversité, tout en prenant en compte la pensée alors glorieuse de la Kabbale.

 

Pendant un temps, il n’y eut plus de Prince, ni même de Lame, jusqu’à ce que Merlin la retrouve. Nul ne sait vraiment comment il y parvint, si cela fut le fruit du hasard ou d’une recherche approfondie, mais le nouveau Prince assuma et affirma toujours qu’il n’en était pas digne lorsqu’il la trouva. Ce fut lui qui affirma que la Quête du contrôle extérieur représentait non pas l’affrontement de Dame-Force contre le monstre étranger, mais celui de Dame-Raison contre le monstre qui sommeille en chacun de nous. Il mit en avant cette Dame-Raison, qui prit le nom de Sophia ou de Dame-Sapience selon les endroits. Même si Merlin fut le promoteur des Compagnies, regroupements avant tout militaires, il fit en sorte que chaque liturgie prenne en compte le côté spirituel de la Quête : dompter l’adversaire, c’était se dompter soit même.

Ses réflexions furent sûrement plus poussées, mais il fut assez discret car il ne se sentait pas digne d’enseigner, pas plus d’ailleurs que de porter la Lame. C’est sûrement pour cette raison qu’il délaissa aussi vite la Lame au profit de Ganesha, bien que leurs rapports aient toujours été houleux.

La tradition du Livre et des religions monothéistes mirent en avant le personnage de Samson, plus viril que Sophia et donc plus plaisant aux puissants du monde. Celui-ci plaça définitivement la Lame de la Force en tant que 11ème Arcane majeur, en raison du résultat numérologique de Samson, 11 selon le calcul hébraïque et trahi par les onze sicles d'argent offerts à Dalila par les Phillistins. On explique sa représentation où il écarte les mâchoires d'un lion comme un clin d'oeil à son histoire. Né à Coréa, il fut enterré sous le temple de Dagon à Gaza mais, à la moitié de son existence, connut le triomphe en tuant mille hommes avec une mâchoire d'âne à Lehi, qui pourrait se traduire par "mâchoire". Ainsi, Samson survivait entre les deux mandibules du lion.

Cette représentation fut la fin des confusions qui entouraient l'Arcane de la Force, qu'on avait tendance à placer en 8ème position, dans une obscure confusion avec l'Arcane de la Justice.

 

Ganesha prit le contrôle du onzième Arcane majeur en imposant une nouvelle vision de la Lame, illustrée selon les caractères plus européens. Si l’Eglise tenta d’imposer l’image de la femme brisant à mains nues la colonne des Philistins, la représentation marseillaise de la Force fit l’unanimité : une jeune femme blonde, vêtue d’une robe bleue et d’un manteau rouge, écartant de ses seules mains et apparemment sans effort les mâchoires d’un lion à crinière d’or. Les émissaires de la Force annoncèrent qu’il s’agissait d’une représentation de la maîtrise de la situation, de la domination des passions et de la clarté dans le jugement.

Cette vision martiale de l’Arcane trouva une étrange résonance dans les Constellations imposées par Ganesha, car elles développèrent davantage la réflexion sur les véritables objectifs de la Quête du contrôle extérieur. Etrangement, les deux Princes successifs avaient donné naissance à une hiérarchie arcanique opposée à leur propre vision de la Quête, comme si l’Arcane apparaissait en miroir face à leurs désirs.

D'autres Arcanes mineurs ont leur propre interprétation de la 11ème Lame du Tarot. L'Arcane du Bâton, par exemple, voit dans le lion l'Antéchrist, d'autant plus qu'une édition limitée connue chez les Templiers comme le Tarot bicentenaire de la maison Camoin, montre le lion coiffé d'un tricorne ou de trois cornes, prouvant son allégeance aux forces démoniaques. Cette vision de la Lame fut utilisée pour promouvoir l'idéal du moine-soldat, car le symbole du dompteur de fauve est à relier au moine ou au cénobite, grand connaisseur de la mystique du monde.
Mais l'interprétation templière de l'Arcane de la Force trouve sa source dans la compréhension de cette même lame par l'Arcane mineur de l'Epée, et notamment à travers le regard des mystes d'Horus. Certains voient dans l'oeil unique du lion soumis une transposition de l'oeil d'Horus : l'oeil est entouré de traits verticaux et horizontaux, éclatés comme pour illustrer le démembrement d'Osiris sous la puissance de Seth. La victoire ne sera possible qu'en recomposant l'oeil d'Horus et de vaincre les ténèbres incarnés par le fauve.
L'Arcane de la Coupe voit dans le personnage assez hermaphrodite triomphant du lion une modernisation de la Magna Mater sous sa forme païenne d'un Amon, dieu-bélier dont les cornes ont été masquées par un chapeau. Les deux cornes d'Amon, symbole de dualité et de synthèse, mais aussi d'humilité, sont une représentation classique de certaines cellules des rosicruciens
Enfin, l'Arcane du Denier voir dans l'Arcane de la Force un symbole du bâtisseur en lien avec les énergies alchimiques, car le fauve n'est pas uniquement un lion : son corps est celui d'un loup. Ce lion-chien est donc la fusion énergique de l'or et de l'antimoine, fusion constructrice selon la Table d'Emeraude.
Par Jiddim - Publié dans : Arcane majeur (XI)
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